PARIS, Merci pour tout …

Aujourd’hui est un jour assez étrange. Il est très rare de célébrer sa tristesse ou d’avoir une joie amère… c’est exactement ce qui m’arrive depuis quelques semaines.

Au moment où je rédige ce billet, je suis dans l’avion et pense fort à tout ce que j’ai pu accomplir et combien j’ai changé durant ces dernières années.

Je suis arrivée ici il y a 12 ans, pleine d’excitation et de soif d’aventure. J’avais 17 (ou 18) ans et je voyais la France comme un grand parc d’attraction. J’y venais chaque année en vacances et petite, Paris avait quelque chose de magique dans les rues… C’était le Paris de Joséphine Baker, Celui de Yves Saint Laurent, celui de l’acceptation de l’autre et surtout celui où être noire n’avait pas d’importance…

Une fois majeure, j’ai posé mes valises sur cette terre que j’idéalisais tant. Et là, le drame… j’ai détesté cette ville. Je le disais à qui voulait l’entendre… Nous (au Cameroun) faisions partie de l’élite (des privilégiés), à vivre confortablement, avec jardinier, femmes de ménage (oui, au pluriel), gardiens (au pluriel aussi), chauffeur, blanchisseur, maître d’hôtel…voyagions chaque vacances et découvrions le monde en dehors des médias et des bouquins d’Histoire…

Une fois arrivée dans mon école de com, j’ai été confrontée à des étudiants majoritairement de classe moyenne (ce qui n’est absolument pas un problème), qui quittaient (majoritairement) leur campagne pour mener des études supérieures. Quant à d’autres, ils n’avaient tout simplement pas de passeport mais étaient persuadés d’être au dessus de moi parce que finalement, je n’étais que la petite noire qui venait d’Afrique et qui n’avait pas d’eau potable chez elle…

« Comment tu faisais pour aller à l’école, à la nage ? », « Tu te lavais dans les ruisseaux ? », « Je ne vais pas dire blackberry mais whiteberry parce que tu pourrais te sentir offensée »…. Et vas-y que ça me chantait Le Dimanche à Bamako quand j’arrivais à l’école, touchait mes cheveux en cours sans même prendre la peine de me demander etc…

woman in the mirror

Imaginez la claque ! Arriver à l’école et être regardé de haut, par des gens qui sont si limités sur le monde qu’en me voyant ils sont presque comme au zoo… « ta peau elle a quel goût » ? (Je n’invente absolument rien de ce que j’écris. Vous vous dites bien que je ne vais pas perdre du temps à écrire des trucmuches)…

Sans parler de ceux qui faisaient tout le temps des allusions au poulet en prenant l’accent « tu manges du poulet ce midi toi »….
Dois-je vous épargner les questions du genre « comme tu fais pour te déplacer en Afrique ? Sur les lions ? » Bon…. j’avoue que j’en riais intérieurement parce que (question stupide, réponse idiote)… je me contentais d’un « non, de liane en liane ».

Enfin… je me sentais mal à Paris, je n’avais pas le recule d’accepter les situations de « racisme », ni même de patience pour les incultes et surtout, je n’arrivais pas à dissocier « incultes de racistes »… J’avais des problèmes de peaux à n’en plus finir dû à mon caractère bien trop nerveux et introverti (oui, je suis extravertie en surface, mais réellement introvertie et solitaire dans l’intimité) du coup, les maladies psychosomatiques et l’urticaire, le dermographisme.., ça me connaît (disons connaissait). Ça m’arrive encore un peu (allez une fois tous les 2 ans) mais plus comme à l’époque.

Paris

J’ai eu des passages à vide et je ne trouvais ma place nulle part… D’accord il y avait le changement mais au fond, je crois que je n’y étais pas aussi prête que je le pensais.

J’ai (je crois) la chance d’avoir toujours extériorisé les sentiments sur papiers. Depuis toute petite j’écris. Des choses drôles, tristes, je relate des faits assez banales sur la vie de tous les jours… Au lycée, j’ai été rédactrice en chef du journal de l’école et, en tant que déléguée des déléguées de classe, je ne vous parle pas du nombre de lettres que j’ai dû rédiger pour avoir les salles de cinéma pour réaliser des concerts, des pétitions pour maintenir les gigas sports (concours sportifs entre les écoles de différentes villes) ou plus simplement, dénoncer les injustices au sein de l’école.

Oui, je me suis toujours retrouvée derrière une plume ou un clavier. J’ai d’ailleurs (il me semble) été la première à créer un blog (qui cartonnais) au Cameroun. Facebook n’avait pas de futur (vu qu’il n’existait tout simplement pas)… À 14ans, toute l’école n’avait qu’une envie, c’était de rentrer pour voir ce qu’il y avait de nouveau sur la toile !

Anyway… trop d’exemples à partager qui pourraient malheureusement alourdir cet article… J’en reviens donc à l’origine de cette note.

J’étais tellement mal en France qu’il fallait impérativement trouver une façon de m’épanouir… Sans vouloir m’étendre sur la création de mon blog, ni même des sujets abordés, je dirais simplement que Vanessa’s Secrets m’a introduit à Vanessa Azar.

Je me suis trouvée différente, plus calme, j’ai poussé plus loin dans mon désire de trouver une place dans ce grand moule qu’est là vie (et je ne mettrai jamais la sagesse ou le fait d’être paisible sur l’âge… c’est un réel travail sur soi). J’ai découvert Paris… J’étais invitée dans tous les palais inimaginables, les châteaux, plus grands bureaux de presse historiques et par les plus grandes marques de cette industrie qui me passionnent depuis toujours…

BENEBAR ! Au Molitor

Démonstration du produit dans le fameux SALON BLEU d’Estée Lauder en compagnie de Patrick Lorentz( senior makeup artist de la marque). YES, j’ai trouve MA TEINTE PARFAITE : 5W1 BRONZE.

Avec le GO 14 de la collection Louis Vuitton Pre Fall 2016.

Conviée par le Marriott Hôtel à une dégustation de cocktails détox !

J’ai découvert une sphère plus curieuse et ouverte que raciste en Paris. Une ville plus rose que grise, plus grande que prévue et surtout, Paris était le plus grand musée du monde…
Paris a ouvert mon esprit sur tant d’aspects… J’étais très peu informée en quittant le Cameroun (j’étais plus jeune aussi) mais, les expositions c’est simple, il n’y en avait pas ou trop peu, les musées ? Euuuhhhhh… Je vivais dans un pays où attacher sa ceinture dans la voiture d’un ami au Cameroun était signe d’un « manque de confiance en lui », où poser une question simple pouvait être si mal interprétée, mettre de la crème solaire n’avait pas d’intérêt si ce n’était que « ne pas vouloir noircir » et la liste est longue… .. J’étais tout simplement dans un environnement si étriqué qu’il fallait en effet partir pour une grande bouffée de …différence…

Je me suis ouverte à la politique. J’ai cherché toutes les expositions qui pouvaient m’apprendre davantage sur l’histoire des civilisations (surtout la notre), le Quai Branly était devenu mon boukarou, j’ai assisté aux plus belles conférences sur divers sujets (même les faux médicaments en Afrique pour vous dire jusqu’où), je me suis penchée sur des expo plus divertissantes (Titanic reste la meilleure jusqu’à ce jour). Rédigé plus d’article engagé pour changer les choses autour de moi… J’ai armé mon cerveau et mon cœur, afin de pouvoir tenir tête aux incultes si surs d’eux parce que si les éduquer était une cause perdue, les faire taire ou s’interroger était un bon début. M’élever moi même et surtout de me distancer émotionnellement parlant des gens qui n’auraient pu rien m’offrir de plus que la frustration était une priorité (je ne vais pas vous faire croire que je me suis instruite pour les débats ahah quand même pas) par contre, ça aide beaucoup….

N’ayant plus de salles de cinéma au Cameroun, je dois bien reconnaître que j’ai pas mal traîné chez UGC et Gaumont ici, j’ai fait des concerts (et croyez moi que j’avais horreur de ça à l’époque). La foule m’agaçait et je ne supportais pas les gens (oui, j’étais particulière et je le suis toujours… juste différemment).

Avec Paris, j’ai appris à voir le verre à moitié plein.

Dans la vie on a de simples choix lorsqu’il s’agit de son état d’esprit. Être heureux ou pas. Ce choix ne dépend absolument pas du nombre de chaussures qu’on achète (je vous parle en connaissance de cause). Ni des hommes ou femmes avec qui on sort, et encore moins des autres… Le bonheur n’est pas « palpable » il est en nous… On cultive ce qu’on veut le plus voir grandir..

Petite parenthèse. On a toujours un petit quelque chose pour palier à son chagrin. Certains c’est la drogue, d’autres l’alcool, la cigarette, le shopping etc… Moi, ça a toujours été les chaussures ! Chose absolument étrange, les semaines avant mon départ, je voulais m’acheter des paires de chaussures j’en ai d’ailleurs posté sur mon compte Instagram comme pour compenser mon chagrin de partir (sans même faire le lien, je suis retournée à mon « doudou ».) Oui, on peut l’appeler comme ça… Le fait d’acheter des chaussures c’est un peu mon « doudou ». Après une petite introspection, j’ai vraiment résisté pour ne pas acheter cette paire là (missions accomplie).

Cela paraît ridicule présenté comme ça mais, il est important de savoir pourquoi on fait les choses et les comprendre. Ça évite les comportements cycliques de « mauvais réconfort ». Au lieu de travailler sur soi, on trouve une solution efficace à court terme sans régler le problème.

Durant ces merveilleuses années en France, je ne peux que retracer mon parcours avec émotions…

Mon dernier soir, je me suis offert un tour en taxi sans snapchat, et j’ai retracé les quartiers emblématiques qui ont sculpté mon quotidien : Montparnasse, Victor Hugo, La Muette, Marcadet Poissonnier, Cambon, Raffet, Spontini, Villiers, Saint-honoré (+ faubourg) et bien entendu les Champs… Tant de souvenirs et d’émotions…  J’avais besoin de ce tour qui m’a fait sourire et pleurer… Pas de chaussure, rien qu’un dernier tour…

Oh la la, j’ai tant dormi dans l’avions que je rédige maintenant à l’atterrissage…
Paris m’a tant appris…. Je ne vous cache pas que mon cœur bat fort à l’idée de tout laisser pour une vie si différente…

Je me retrouve comme à mes 17 ans… Avec plus d’appréhension et surtout une réelle déchirure (je ne le dis pas de façon dramatique)… Être adulte forge des distances physiques qu’il faut apprendre à gérer (affectivement, je crois que je ne serai jamais mature), j’ai toujours aimé comme une enfant et c’est peut être mon point faible… Ou alors je ne sais pas encore à quoi cela sert d’aimer avec un cœur gros comme çççaaaaaaaaaaaa !

J’ai d’innombrables choses à rajouter ici mais je m’épuise et je crois que vous aussi…

Je finirai ce message par un mot tout simple… Paris merci…

Tu m’as apportée le recule, la sagesse, l’ouverture et la transparence dont j’avais besoin pour y voir plus clair, à me détacher des gens et des choses peu nécessaires à mon évolution et encouragé à renforcer les liens avec ceux que j’aime et qui me sont sains… Je te quitte comme une enfant quitte sa mère pour réaliser des études supérieures : celles de la suite….C’est douloureux mais nécessaire…

Alors, en attendant de récolter les fruits de mon départ vers le Kenya, Paris, merci pour tout…

J’ai tant appris dans tes bras…

2 Responses
  • Johanna
    mars 27, 2017

    Bonjour Vanessa,

    Ton article tout en poésie m’a beaucoup émue! Il m’a fait songer à mon retour en France à l’âge de 12 ans et j’ai été très surprise que toi arrivant à 18 ans et de surcroit à Paris tu ais vécu la même chose que moi arrivant à Belfort au collège …
    Je suis d’autant plus touchée par ton article que je vis le même dilemme actuellement après avoir détesté puis aimé Paris je dois la quitter pour le Luxembourg qui n’est pas très folichon et y laisser des amitiés fortes que j’y ais tissées!
    Tu as eu la chance de vivre de très belles choses ici et je suis sûre que le Kenya te réserve de belles surprises du moins c’est tout ce que je te souhaite.
    Belle aventure à toi.

    Johanna

    • V.
      mars 27, 2017

      Aowww merci. Let’s just say that everything happens for a reason… Courage dans ta nouvelle vie. Dire au revoir n’est jamais facile.

What do you think?

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.